Perspectives
Le coût des réunions d'alignement
J’ai assisté la semaine dernière à une « réunion d’alignement » convoquée pour s’aligner sur les conclusions d’une précédente réunion d’alignement. Ce n’est pas une blague. C’est un mardi ordinaire. Voici ce que « l’alignement » signifie réellement dans la plupart des entreprises : personne ne veut prendre la décision, alors tout le monde accepte de se retrouver une autre fois.
McKinsey a interrogé plus de 1 200 gestionnaires et a constaté que les cadres consacrent 40 % de leur temps à prendre des décisions — et 61 % d’entre eux affirment que la majeure partie de ce temps est inefficace. Dans une entreprise type du Fortune 500, cela représente 530 000 jours de temps de gestion gaspillés par an. 250 millions de dollars envolés. Pas à cause de mauvaises décisions, mais en raison du processus visant à les éviter. Le pire dans tout ça ? McKinsey a également découvert qu’au sein de dizaines d’organisations, 40 % des personnes impliquées dans une réunion de décision n’apportaient aucune valeur ajoutée. Non pas par incompétence, mais parce qu’elles n’avaient rien à y faire. Elles avaient été invitées uniquement parce que les exclure aurait été perçu comme un « manque d’alignement ».
Le théâtre de la productivité dans toute sa splendeur
C’est le théâtre de la productivité dans toute sa splendeur. « L’alignement », c’est le terme corporatif pour désigner la lâcheté. Ça a l’air collaboratif. Inclusif. Stratégique. Mais en réalité, cela signifie :
- Personne ne s’approprie la décision
- Tout le monde dispose d’un droit de veto
- La réunion existe pour que l’échec soit partagé
- Une autre réunion est planifiée pour « boucler la boucle »
La décision en elle-même demande 30 secondes de courage
Voici l’ironie : IA peut faire remonter les données, modéliser les scénarios et rédiger la recommandation en quelques minutes. La décision en elle-même demande 30 secondes de courage. Mais le courage ne vient pas avec une invitation dans le calendrier. On planifie donc une autre séance d’alignement à la place.
Ce n’est pas un manque d’alignement
Les entreprises qui réussissent ne sont pas celles qui ont les meilleurs processus d’alignement. Ce sont celles qui ont le courage de dire : « Je décide. Si je me trompe, j’en assume la responsabilité. » Ce n’est pas un manque d’alignement. C’est du leadership.